« Ma tête-de-mule d’ange »Quatre jours que tu es parti presque comme un voleur sans ton beau sourire, sans mot gentil ou tendre, rien juste un énigmatique « à plus tard », comme quand on pose son livre sur la table de chevet et que l’on sait qu’on le trouvera à la même place, seulement voilà je ne suis pas un livre et tu es loin de lire en moi à livre ouvert
Mais entre deux têtes-de-mules, nous jouons à qui donnera le premier de ses nouvelles à l’autre, et d’évidence je sais que je ne céderai pas, fusse pour rester sans nouvelles les trois mois durant de la tournée, tu aurais dit un gentil au revoir, fais un sourire, j’aurais tout oublié mais là pas question, tu me joindras le premier, les paris sont ouverts
Bientôt une semaine et demi, maintenant je le sais tu es une vrai teigne, et puis le lundi suivant juste un petit texto, du genre : je vais bien et toi ?, moi je vais bien mais cela ne te regarde pas, si tu escomptes une réponse tu as bien tort, et je vais donc recevoir 18 ou 19 fois le même texte qui restera sans réponse au fil des jours, puis le téléphone retentit dans la nuit, au bout du fil, ta voix, et à ton humeur, je le sais, je le sens, que de rage, tu es vert
Tu te lances alors bien à tort dans un interrogatoire, du genre : pourquoi ne me réponds-tu pas, tu n’as pas reçu mes messages, messages, quels messages, le genre diligent j’ai autre chose à faire, ah, oui ceux-là, oui je dois bien les avoir reçu mais quand on aboie, je mords, et de réponse je n’en ai pas, à je vais bien, je peux te retourner la question, mais alors que tu vas prendre un ton sévère
Je raccroche, je suis fatiguée et si triste, je dois tenter à présent de dormir sur cette déception, sinon, je sens que je vais pleurer et demain le boulot sera encore galère, j’ai mal de toi, de ton long silence, de ta colère, de tes cycles d’humeur, je souffre mais je suis trop orgueilleuse pour faire le premier pas devant tant de déferlement injustifié de mauvaises réactions
Finalement est arrivé ce qui devait, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, et dans le petit matin je me retrouve devant la coiffeuse à démêler les nœuds de la nuit, à essuyer mes yeux rougis, à me moucher bref, ce ne sera pas mon jour, puis j’entends des clefs dans la serrure, qui cela peut-il bien être à pareille heure, si ce n’est toi qui me fixe à présent dans le miroir, toi presque en nage et orage, et que j’ai en plein champ de ma vision
Toi encore, colère, toi aussi, misère, toi toujours, vipère dont le venin m’a transpercé le cœur et les souvenirs, une semaine entière à ne rien y comprendre à ce départ maussade, mais là tu es là, tu me regardes et me dévisages, tu observes mes yeux rougis, ma triste mine et soudain fuse un mot : pardon !
Tu comprends enfin que tu as été maladroit, tu m’avoues que tu ne comprenais pas mes refus, mes absences de réponses, pourquoi j’avais raccroché et aussi que tu devenais fou à distance mais nous semblons, de fait avoir traversé la même épreuve à distance, la même épreuve qu’il me dit mais qui est parti sans un mot, qui m’a abandonné avec un moral de plomb
Julien, le mauvais garçon, qui s’approche de moi, qui remarque que je porte la nuisette qu’il m’a offert, Julien qui observe, Julien qui n’en perd pas un pépin de son petit raisin, Julien qui sourit, Julien qui me touche à présent, Julien qui a les mains si froides sur ma peau si chaude, Julien qui m’emporte vers d’autres tempêtes
Julien qui me soulève du petit tabouret où j’étais sagement assise, qui me caresse et dont ma nuisette semble beaucoup l’embêter, Julien qui va m’enlever de son cadeau, Julien qui respire comme un lion, Julien qui va être bien déraisonnable, Julien qui me mord, me lèche, me respire, je vais encore en perdre la tête
Julien qui n’en a jamais assez qui va et qui vient, julien, qui fait l’amour comme un survivant, qui me veut encore et encore, comment nous sommes-nous retrouvés au pied du lit, je n’en sais plus rien, tu as roulé sur moi, lourd et affolant, sourd et envoûtant, je t’ai suivi dans tes désirs, je t’ai aimé de tout mon être, assez follement pour être honnête
Notre bateau après bien des dérives a encore réussi à accoster, mes rivages tu aimes bien y faire naufrage, salle gosse, tes doigts n’en ont jamais assez de mes petits pots, tu jures que je crierai grâce avant midi, avant midi, heureusement que je n’avais qu’un rendez-vous professionnel à 14 heures, sinon, au boulot j’aurais encore eu l’air bien bête
Tu me dis que tu n’as pas de concert avant samedi et nous sommes jeudi en début d’après-midi, tu me proposes une exposition à visiter, puis balade et resto, moi du moment que tu es de bonne humeur, c’est oui à tout, j’oublie le boulot et je veux bien être la belle de ma bonne bête
Te comprendrais-je jamais, j’en doute, tu me demandes tout à trac pourquoi j’ai préféré la compagnie d’une amie à la tienne, ma réponse fuse, parce que tu as préféré imposer ta mauvaise humeur plutôt que de me parler de tes doutes quant à la tournée, je me suis sentie exclue et ne voulant rien t’imposer, j’ai pris le large
Tu m’avoues que tu as été très malheureux de mon refus mais tu acceptes d’entrevoir que tu es la cause de tout, un début en soi, Julien admet qu’il pourrait avoir tort, je me risque à un début de plaisanterie mais tu n’es pas encore très réceptif, ce que vous pouvez me fatiguer, toi et ton sale caractère, d’ici au bonheur sans nuage, il y a de la marge
Tu te décides à parler et pour peu je ne peux plus t’arrêter, tu me confirmes alors que les concerts ont bien fonctionné, qu’ils ont rencontré leur public mais qu’une maison de disque rechigne toujours à vous signer, que cela t’angoisse et que j’en paye le prix, tu es navré de ta mauvaise habitude se résumant à toujours entasser en toi de la rage
Tu te risques alors à me dire que nous nous ressemblons, qu’à ma manière, je suis la première à te tenir tête, pas sûr que je prenne cela comme un compliment, car moi je n’ai fais que subir ta mauvaise humeur, mais tu souris et je décide d’en rester là, je ne vais pas adoucir ton sale caractère du jour au lendemain, mais je garde espoir que cela s’arrange
Caliente
Illuna

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