« Julien, fou de notre petite Belgique »J’ai décidé de lui faire découvrir notre bonne vieille capitale le temps d’une soirée.
Une soirée livrée à cœur ouvert dans le monde de l’absurde, ce que bien sûr notre jeune nîmois ne découvrira que bien plus tard, alors au pied d’une aube nouvelle…
L’était donc pas au bout de ses surprises, le Jules, pas certaine qu’il s’en soit déjà tout à fait remis ! Bon, je vous explique donc cela, par le menu détail.
De fait, je lui propose qu’on se rejoigne vers 20h00 sur la Grand Place de Bruxelles, jusque-là aucun souci. Le Bibi a tout capté et tout compris !
Quand il arrive, il pleut à verse, et je lui dis : jour de drache nationale, il fait vraiment cru en plus on caille, eh, cela fait croller tes cheveux !
Blanc intersidéral sur son beau front tout plissé et cela n’allait pas être pas la dernière fois, je traduis donc : jour d’averse nationale, tout est mouillé, on se les gèle, eh, tu boucles d’autant plus ! Son sourire d’angelot revenu (faudrait pas que je nous le rende taiseux – comprenez taciturne), je lui propose une chique ou une boule, histoire de détendre l’atmosphère, mais là encore, un grand blanc, je lui réitère ma proposition, veux-tu un chewing-gum ou un bonbon ce, avant de lui proposer de s’aventurer dans le quartier des Marolles, lieu typique de petits bistros et charmants estaminets qui devrait le ravir, lui qui boit l’espace et pas que cela ! Son choix se porte finalement sur le chewing-gum, ce qui lui apporte aux joues, un joli carmin de gamin bien content de son sort, jusque-là ! Nous convenons à partir de là, de nous tutoyer, plus facile et plus convivial, ce qui semble lui faire d’autant plus plaisir.
Nous arrivons donc aux abords du petit café, endroit très prisé de la Capitale où je te confirme qu’afin d’éviter de faire la file, il faut donner tel que je l’ai convenu une bonne dringuelle, là une fois de plus, tes yeux d’un bleu intense me questionnent, à nouveau je décode pour toi, oui pardon, pour ne pas faire la queue, j’ai prévu un bon pourboire, là bon prince et rapide comme l’éclair, c’est toi qui donne le pourboire, précieux sésame débouchant sur un lieu des plus théâtral où se côtoient des copies de tableaux de différents peintres belges dont Magritte et Delvaux, ce qui semble ravir ton goût pour les « beaux-arts ». Je te dis aussi que nous aurons aussi droit à un petit spectacle (en fait une représentation unique des marionnettes du théâtre de Toone), une surprise tout à ton attention, ce qui a le don de t’interpeller, mais je ne désire pas t’en dire plus pour le moment. Je t’invite à t’asseoir sur le divan (encore tes yeux au plafond), et moi de te montrer le canapé. Je te demande alors, si tu apprécies le feu ouvert, bien que tu sembles avoir compris à demi, je précise : aimes-tu le bon feu de cheminée qui nous permet de nous réchauffer, ton air malicieux et enjoué me permet de comprendre que c’est un oui, franc et bien heureux de son sort.
Le garçon de salle (complice, je précise) te demande alors si tu veux boire une bonne pinte ou du pecket, comme tu ne lui réponds pas, quelque peu interloqué (par son accent volontairement et plus que jamais brusselaire), je joue à nouveau les intermédiaires en confirmant, veux-tu une bonne chope de bière ou une eau de vie dont ils ont le secret, tu optes alors pour une bonne et généreuse bière (évitons de préciser une bonne bière belge, c’est au moins aussi idiot que de dire en France, un pain français – pour nos charmants voisins, ce sont des baguettes !). Alors que le serveur te fait l’annonce des spécialités de leur maison, genre les caricoles, un bon filet américain ou bien encore une mitraillette, tu sembles une fois de plus perdu face à l’inconnu et à nouveau, je transpose les propos, veux-tu goûter des bigorneaux, un steak tartare ou une bonne baguette garnie de frites et de viande ? Je complète alors mes mots par un vif : nous avons le droit d’être goulafres, ce soir ! Mais tu décroches à nouveau et une fois de plus, je t’explique : on a le droit d’être goinfres !
Tu choisis finalement pour le steak tartare, et le spectacle va pouvoir commencer… (en fait pour moi, la représentation a commencé dès que nous nous sommes rejoint sur la Grand Place, mais de cela, tu n’en sais encore rien !).
D’ordinaire les marionnettes proposent soit un spectacle des mousquetaires, soit une variation de l’air de bijoux de Faust, ce soir, ce sera une adaptation plus que libre des mousquetaires (où les libertés prises ont pour but de t’amener sur scène, ce que tu ignoreras jusqu’à la dernière seconde). Le spectacle commence avec pour but avoué de te bousculer, le public ayant plus ou moins été mis dans la confidence. La première marionnette va s’adresser à toi, tout en remarquant tes difficultés à bien tout percevoir (elle va de fait mêler du brusselaire à nos belgicismes) jusqu’à constater que je te traduis tout et que tu ne ris qu’avec recul, ce qui donne : « Eh, menneke si t’es un zievereer, tu vas trouver plus fort que toi, nous on aime bien, babeleer et broebeleer, on est de vrai zwanseur mais si t’es pas un dikke nek, ni un dikkekop, tu risques rien ! » L’ensemble du spectacle sera à mesure, volle pétrole (comprenez, très vite), je m’efforcerai de t’offrir mes lumières, de te faire comprendre que si t’es un drôle d’oiseau, tu vas trouver plus fort que toi, ils aiment parler et radoter (bégayer), ce sont de vrais blagueurs et si t’es pas un gros dur ou un traître, ce devrait aller ! Là, la marionnette lance, eh, il est pas un peu zot (idiot)? Eh, non juste c’est pas un zinneke ni un ketje (un titi brusselaire), il a tout à apprendre ! Tout le spectacle aura pour but d’attirer ton attention et de t’obliger à mémoriser toutes ces expressions que tu seras ensuite obligé de redélivrer avec plus ou moins de succès ! A ta décharge, tu vas jouer le jeu et plutôt bien t’en sortir, ce qui te faudra les applaudissements des spectateurs et une bonne pils (une bonne bière blonde) pour arroser ce gosier qui a été mis à belle contribution !
A la fin du spectacle, tu me demandes si on s’exprime tous ainsi à Bruxelles, je t’avoue alors que pour le folklore, oui et dans la vie de tous les jours, c’est peu probable quand comme moi, on a une grand-mère française qui vous a élevé !!! Je t’avoue alors que ton amour dévoilé pour la Belgique m’a donné envie de tester tes capacités d’adaptation à toutes nos diversités !!! Et que tu n’en as pas encore fini avec ton apprentissage, reste les différents patois, ceux du Hainaut, là je peux m’en charger aussi mais pour les patois de Liège, je peux te confier aux bons soins de Lucrezia, de Martine et pour la région de Namur, peut-être à pomme ? Bref t’es pas au bout de tes peines !
Bon, là très gentleman, tu me raccompagnes et pour tes frais, je vais te faire la baise. La quoi, me dis-tu, ah, oui désolée, je voulais dire une bise, un bisou ! Pas encore au point, notre Bibi, il faudra des heures de révisions, voir avec un peu de chance, des mois… en bonne maîtresse, j’ai toujours eu un faible pour les élèves, un peu lent, limite cancre, allez donc savoir pourquoi ?
Caliente
Illuna


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