« Fais-nous ton cinéma »Quand Julien nous a tancé : « la musique, c’est mon truc mais pas le truc », j’ai été très heureuse d’entrevoir l’âme du comédien sous cet artiste à multiples facettes. La féminité atypique de cet homme plutôt « brut de brut », la fragilité de ses perceptions sitôt combinée à sa force, l’habilité et l’inventivité chevillée à ses concepts de base qui se sont rapidement imposés comme des préceptes à délivrer, sa rapidité à digérer certaines blessures et à les intégrer pleinement dans les premières brides de son œuvre, sa subtilité à jongler tant de son esprit que de son corps et, ce en toute situation m’ont très tôt démontré qu’il avait en lui, tout ce qu’il faut, pour peu qu’il le veuille, pour devenir un très bon comédien et en de bonnes mains même, un très grand comédien !
Je n’ai qu’une peur que notre époque fast-food gâche l’originalité et l’exquise ambiguïté de cet oiseau rare surtout que le cinéma français, même lorsqu’il cartonne au box-office nivelle (selon moi) par le bas avec ses comédies burlesques où il n’est même pas nécessaire d’être un acteur moyen (sorry, cette appréciation sévère n’engage que moi, j’aime beaucoup rire mais je me targue d’avoir un humour bien plus fin que certains potaches en activité).
Alors, je me prends à rêver d’un temps qui n’est plus, celui où petite, j’avais la permission de minuit (merci à mes divins et très libres grands-parents) et où je dévorais les séances du même nom de la chaîne France 3 (FR3 à l’époque), ce par l’entremise de grands films romanesques ou non, burlesques ou non et qui m’ont fait découvrir de grands noms indissociables des plus belles pages du cinéma mondial et dont le talent époustouflant s’exprimait alors en noir et blanc !
Ah, le noir et le blanc, deux antithèses mais aussi deux synthèses si complexes qu’à elles seules, elles s’en sortent très bien pour résumer et réunir tout ce qui reflète la belle palette de la complexité humaine, et ce déjà, rien qu’au travers leur définition, tout et rien, rien et tout… et donc pour preuve : « Si l'on considère la synthèse additive (superposition de faisceaux lumineux monochromatiques), le blanc est la réunion de toutes les couleurs, le noir est l'absence de couleur. Si l'on considère la synthèse soustractive (mélange de pigments, de peintures), le blanc est obtenu sur une feuille vierge (pour peu que la feuille soit elle-même blanche et éclairée par une lumière blanche), et le noir est obtenu par le mélange de toutes les couleurs. »
Comment ignorer Charlie Chaplin, clown poétique dont mon film préféré reste Le Kid, Greta Garbo dans l’énigmatique et plus que troublante « Reine Christine », Gene Tierney dans « Le Fantôme de Mrs Muir » où le fantastique nourrit un amour perdu, ainsi que les grands films musicaux avec Fred Astaire (et/ou Gene Kelly) où le plus grand esthétisme peut côtoyer avec classe, le comique, la France qui n’est pas en reste avec des chefs d’œuvre comme «Les visiteurs du Soir » où la visite du diable sert de prétexte à gausser l’occupant allemand, et le réalisateur-scénariste Cocteau qui fait flamboyer son génie au travers de « La belle et la bête » ou de « Ruy Blas ». Plus proche de nous, on retrouve encore d’autres belles heures du cinéma noir et blanc comme le tragique « Eléphant Man », ou l’interpellant « Mort à l’arrivée » qui oscille entre la couleur et son absence selon l’intensité du message à délivrer et au final le lyrique et baroque « Sleepy Hollow » qui sait aussi par moment jouer de l’absence de couleurs pour appuyer une thèse ou l’autre, ce avec un Johnny Depp au sommet de son art !
Liste non exhaustive mais si jubilatoire en regard de tant de talents ! Comment devant la photo Harcourt (certes bien trop aseptisée), ne pas se mettre à rêver d’un Julien Doré qui aurait pour l’occasion récupéré ses belles rides si expressives et qui pourrait réouvrir avec bonheur quelques portes fermées selon mon goût depuis bien trop longtemps. Comment ne pas se prendre à réespérer de vrais scénarios fouillés, inventifs, caustiques avec une vraie et percutante interprétation, de celle à vous arracher l’âme et les tripes, à vous fendre le cœur et l’esprit… Enfin, on peut toujours rêver…
«De quelle manière, Julien nous fera-t’il son cinéma ? »
Que donnera ton talent d’acteur ?
Lorsque enfin, il s’exprimera sous les projecteurs ?
De quelle manière et par quel bonheur ?
Combleras-tu l’impatience de nos ardeurs ?
Comment feras-tu vibrer nos cœurs ?
Par quel subterfuges, seras-tu charmeur ?
Tous nos espoirs iront du compositeur vers le conteur,
Nous ne doutons même plus que tu la joueras frondeur !
Tu manifesteras là aussi un esprit redoutable de fin bretteur
Pas en reste, ton corps abuseras de ses cambrures de fin escrimeur !
Tu joueras au farceur, à l’affabulateur, à l’enjôleur, au cajoleur
De toute la palette de ton talent, tu useras en bon manipulateur !
Le tout sera finalement de trouver le bon cadreur, le bon réalisateur
Et d’avant cela d’avoir déniché la bonne histoire et le bon narrateur !
Caliente
Illuna


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