« Ne surtout pas le rencontrer, pour que l’oeuvre reste intacte et que ma fièvre épistolaire reste, elle aussi inviolée »Rencontrer ou pas Julien n’est pas à l’ordre de mes priorités.
Découvrir l’homme du quotidien, qui a faim, froid, soif, comme le commun des mortels ne m’intéresse pas, je lui accorde totalement le droit à une vie privée dont je serais inexistante.
Peur d’être déçue, je ne sais, disons qu’en bonne bipolaire, je sais à quel point nous pouvons être blessant et usant à vivre la vie de tous les jours, la mienne me suffit sans que je l’expose à celle d’un autre, nous sommes et serons de tout temps des gens capables du sublime comme du pire, et ce avec la plus singulière des innocences.
Donc à ce stade, je me dis que son œuvre, en tout cas en son début parle assez pour lui, l’ensemble des subtilités égrenées au fil des mois, en matière de musique, de comportements scéniques, son abord de l’art, de la littérature et du cinéma, en autres offrent suffisamment de pistes jouissives, susceptibles de combler la femme complexe que je suis.
Comme lorsque j’écoute Julien chanter, sa voix m’emporte aux portes du rêve et de l’harmonie, ses fièvres, la prononciation des mots, les pointes d’accents du sud, tout est propice à laisser mes sens flotter dans l’air, rien n’interfère entre mon écoute et mon approche de l’artiste. Je sublime peut-être le tout mais comme lui a le droit de proposer ses créations comme il l’entend, moi j’ai le droit à une approche de l’ensemble qui me satisfasse sans besoin d’en justifier plus avant ma perception.
Quant à la partie qui me tient le plus à cœur, mes rêveries scripturales, mes débordements littéraires, mes ébauches de l’impossible, mon approche du conceptuel, mon goût d’une certaine provocation (en fait ce qui me permet de divaguer en votre compagnie sur le forum), elle n’a nul besoin de savoir si l’homme les décevrait. En toute logique et parce que j’ai déjà bien bourlingué, je sais que nul être humain ne peut être à la hauteur du subliminal, frontière intersidérale où nous l’avons perché, donc toute rencontre s’expose de fait à une énorme déception. Et puis, excepté ma mère et mon chien (mais je n’écris pas de cette manière à leur égard) je n’ai plus jamais su écrire d’une manière impertinente et libertine sur un artiste après l’avoir approché (Prince en est l’exemple flagrant bien que la rencontre ait été contre toute attente des plus idylliques, l’homme, quand même star mondiale, a montré une disponibilité incroyablement amicale), la raison en est que je ne fantasme pas sur le commun des mortels ni sur mes semblables. D’ailleurs suite à l’ébauche d’une rencontre musicale avec Julien le fameux 24/11 en l’espace étriqué d’un café noyé sous les effluves sèches des cigarettes, je ne puis nier nullement la force du charisme et le pouvoir de séduction sur les masses de ce dernier mais ce qui m’a le plus interpellé, c’est de percevoir quelques noirceurs en cette âme troublée et en pleine confusion, accordant aux unes ce qu’ils refusaient dans le même temps aux autres (jeu cruel selon mon ressentiment) ainsi qu’une grande solitude dans ce lieu pourtant bondé de monde, j’ai là, pourtant à bonne distance, évité de peu la panne sèche et totale de mon aventure « calligraphique » concernant pourtant la plus belle promesse de talent que j’ai croisé depuis plus de 20 ans dans le monde mesquin et banal de l’univers musical « français ». De cela, j’en retire que Julien, lui-même est bien conscient que le mystère (il y a du Greta Garbo en cet homme) et la distance idéalisent et cristallisent davantage la phosphorescence de la création d’un artiste bien plus que la signature de nombreux autographes ou l’acceptation de quelques photos. Transcender son art au prix de quelques larmes de fans incrédules n’est pas un prix élevé pour Julien qui ne s’est jamais privé de dire que ce ne sont pas quelques midinettes énamourées qui le nourriront.
Pourquoi irais-je à l’envers du désir même de l’artiste, qui par un jour de grande disponibilité vous offrira son plus beau sourire, voir quelques paroles et le lendemain ne se souviendra même plus de vous avoir croisé la veille ?
Je l’aime tel qu’il est, plein de tempêtes et de contradictions, plein de doutes et d’angoisses, j’ai grande confiance en l’esthète et j’ai hâte de me nourrir aux abords de son œuvre, de jouir de ce qu’il me plaira comme de souffrir de ce qui me décevra, je sais que je ne l’abandonnerai pas même s’il connaît l’échec, peut-être même m’en paraîtra-t’il plus digne d’intérêt et plus fascinant. Sa fierté en souffrira mais il saura dépasser ce stade pour nous revenir encore plus grandiose. Et puis l’idée de l’échec ne doit pas tant hanter Monsieur Doré, que cela, n’est-ce pas l’apanage des plus admirables de se grandir et de se nourrir au travers de l’incertitude, de la crainte, de l’embarras, encore plus vivant qu’au travers de n’importe lequel des succès. Julien abrite en son sein un « Rimbaud », poète d’un autre temps, de cela je n’ai plus aucun doute, et plus que tout cette impression me fascine et me pousse à le suivre, souffrir par lui me sera délice plus que supplice, ne cherchez pas à comprendre, tout ce que je sais c’est que la souffrance grandit et fortifie certains hommes mais que seuls les plus forts à ce jeu cruel trouvent la force de survivre et de s’imposer. Julien à l’étoffe d’un grand créateur mais sera-t’il jamais un grand homme ? Seul l’avenir nous le dira…
Souffrir par lui me sera délice
Accepter de lui, ce que des autres je refuse
Admettre qu’il me bouleverse plus que de raison
En baver de ses galères, ne pouvoir le protéger de ses tempêtes
Endurer ses échecs, continuer à le soutenir dans les jours noirs
Eprouver mon cœur et mes larmes face à cet inconnu qui n’en plus un
Me languir de ses absences autant que de me réjouir de ses impertinences
Pâtir de ses longues périodes de silence mais le garder vivant en ma mémoire
Permettre à son talent de prendre ma vie en otage, dériver sur ses rivages
Subir sa loi, lutter plus par principe par réelle envie, aimer et sublimer ma faiblesse
Supporter d’un étranger ce que je réprouverais de mes proches pourtant tellement aimés
Tolérer au delà de tout bon sens que la souffrance fasse maintenant partie de mes voluptés préférées….
Mais comme l’a si bien dit Gustave Flaubert :
« La manière la plus profonde de sentir quelques chose est d’en souffrir. »
A ce stade, il me reste encore un point à clarifier, pour celles qui pourraient se dire quel serait mon intérêt pour le chanteur s’il n’avait un tel pouvoir d’attraction, et bien disons qu’à celles-là je pourrais répondre pour être le plus honnête possible que même avec sa casquette « Donald Duck », sa voix, sa prestation d’entrée, son refus d’obtempérer dans un premier temps, ses doutes et une certaine retenue dans son vocabulaire m’avaient interpellée et touchée d’emblée, ce avant de savoir qu’au théâtre, il allait achever de m’émouvoir « à la faveur de l’automne » et par la juvénilité de son regard et de son sourire alors qu’il admirait les lambris et les décors quelque peu baroque de la salle, sans doute intéressé par l’Art, ce qui bien sûr allait se confirmer. Il avait aussi accroché mon œil par sa manière de se déplacer et son côté décalé, ce qui était en soi, déjà beaucoup pour un seul homme.
La suite connue de toutes, allait m’emporter chaque jour un peu plus. Mais il me plaît de savoir qu’il m’a séduit alors même qu’il cachait encore bien tous ses trésors, et ce le plus jalousement possible derrière des vêtements ringards, volontairement presque trop petits, décalés, à l’aspect excessivement vieillot et idiot mais son intelligence transpirait déjà de toute part. Ma réflexion fut alors : « Il n’est pas ce qu’il paraît, là il joue un rôle dont il devra forcément accepter de se libérer pour nous offrir son talent sur un plateau ». Et de fait, il s’est bien bagarré avec lui-même avant d’accepter de nous livrer toute la quintessence et la magnificence de son savoir-faire, avant d’en arriver à ce qu’il est vraiment, sans craindre d’y perdre son âme et ses valeurs, se donner de plus en plus, se livrer corps et âme mais cependant garder ses mystères, faire parfois le pitre mais garder toute sa classe, imposer sa vision, ne pas perdre ses points de repère, se respecter face à la grande machine télévisuelle et en arriver à la présentation d’un artiste « hors norme » doublé d’un homme « phénomène ». De la race de ceux que l’on ne peut oublier même lorsque les feux se sont éteints, de la trempe de ceux pour qui l’on entretient la flamme, pour qui l’on veille les longs mois d’attente et dont ne retenir que son physique est un insulte à son début d’œuvre mais dont l’ignorer serait la preuve d’une grande hypocrisie, ce que je ne ferai donc pas ! Et là donc une dernière nuance, mais de taille, à un artiste et une intelligence semblable mais à un physique plus quelconque moins accrocheur, plus banal, je suivrais cependant avec autant d’intérêt sa carrière, je voudrais voir ses concerts, acheter ses albums et je serais sans doute aussi inscrite sur le forum mais j’y serais plus neutre, anonyme dans la masse. La raison tient en ce physique qui nous fait toutes fantasmer, très jeunes, jeunes, moins jeunes, et vraiment moins jeunes, ce corps à « tomber par terre », si brut et si fragile, si lourd et si délicat, si masculin et si féminin qui a débridé en quelques mois nos plumes, nos appareils photos, nos crayons, et même s’il m’arrive d’écrire des sujets sérieux et culturels, il n’y aurait pas de conceptuel (cette sensualité qui nous ronge les sens) sans ces proportions de rêve, sans cette toison dorée, sans ces tatouages, sans ces grains de beauté, sans cette nudité affolante, liste non exhaustive ! Et là, je devrais avoir grand honte mais il n’en est rien, je m’arrête juste à un concept qui m’arrange bien : « Je ne suis qu’une pauvre femme qui ne s’interdit ni de faillir, ni de défaillir, et tant pis si ma libido a parfois le dessus sur mes neurones… m’en fou l’âge libère de toute sensation de culpabilité, en cela vieillir est fabuleux… jamais je n’aurais poussé ou repoussé mes limites épistolaires aussi avant à 25 ans et pour ultime rappel je suis célibataire et ne fait donc du mal qu’à moi-même ! ». Merci Julien, l’homme qui fait tant de bien aux femmes lorsqu’il leur fait tant de mal ! Mais il en va de ma liberté comme de mon choix, d’aimer un certain degré de souffrance…
Et pour terminer par une maxime que j’aime beaucoup et que j’essaye d’appliquer à ma petite vie de tous les jours et qui est de Pierre Kropotkine : « Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent. », cette phrase qui pourrait aussi être un bon « résumé » de la force de frappe du Sieur Julien…
Caliente
Illuna

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