

« PEAU D’ANGE » - 1ère partie
En un doux pays de fantaisie, vivait là au milieu des bois, un charmant jeune homme.
Sa cabane située près de la rivière, fleurait bon un certain art de vivre, il n’était pas rare qu’une douce mélodie s’en échappe accompagnée de la plus tentatrice et fiévreuse voix qu’entendissent jamais ces verdures, ces eaux pures et tous ces animaux aux entournures.
Les quelques villageois et chasseurs qui venaient à passer, avait pour habitude d’ainsi l’appeler Peau d’Ange, ce sobriquet résumait selon eux, sa fort belle mise mais par un caprice des plus mal venus, de cette beauté dont tout le monde convenait, ne lui amenait aucun plaisir.
De fait, son quotidien, des plus simples consistait à aider ceux qui le lui demandaient et à protéger les animaux qui volontiers trouvaient doux abris en son simple logis. Et la vie s’écoulait ainsi paisible, jusqu’au jour où sa beauté ayant fait chemin jusqu’à pucelles et donzelles fort intéressées, il se trouva au devant de problèmes dont il ne soupçonnait en rien ni les origines, ni les tenants et les aboutissants. Problèmes dont il resterait ainsi prisonnier jusqu’à prononciation de mots magiques dont à ce jour encore, il ne savait qu’ils le délivreraient momentanément de son supplice.
Mais, je m’en dois de vous en conter les détails par le menu pour plus de compréhension.
Peau d’Ange, le si bien nommé, ignorait de fait ce que beau ou laid voulait dire, pour lui les choses étaient ce qu’elles étaient, du bien et du mal, il était dépourvu de toute notion. Ainsi, en avait décidé les fées lorsque sur son berceau, elles s’étaient penchées. De sortilèges, en contre sortilèges, de maléfices en dons multiples, les sorcières et magiciennes s’étaient battues alors que le pauvret était à peine né.
Ses parents, Comte et Comtesse de fort belle envergure et bien nanti s’en était trouvé si désarmé, que craignant que les choses n’empirent encore au fil des querelles et des années, ils prirent décision de se séparer de leur enfant chéri et de le confier à un vieux bûcheron, mort depuis longtemps maintenant.
Et comme malgré légende mal venue, tout n’est pas toujours rose dans les contes, sa mère bien aimante, désespérée de l’abandon, en mourût de chagrin, et lorsque l’on reparla de mariage, la nouvelle épousée pris moult précautions afin que rien du passé ne vienne assombrir son avenir. On entendit même certains dire que la belle dame au cœur dur, avait joliment veillé à la triste fin du bûcheron et avait mandé la noyade du petiot, mais l’arbalétrier chargé de la répugnante mission, ne pu s’y résoudre et confia l’enfant à la forêt, et au hasard.
Ainsi même qu’au fil de la rivière, il s’en allait promenant, son reflet ne lui permettait pas de se faire une opinion précise sur ses attributs. Ils sentaient bien que l’on murmurait sur son passage mais n’en prenait nul ombrage, et n’en demandait aucun compte. Il était heureux de son sort, la simplicité lui allait comme un gant et sa complicité avec les animaux contribuait pour ample partie à sa joie de vivre.
Il avait donc voix d’or mais encore des doigts de fées et réalisait de ses mains, de forts beaux objets, en fait, il était doué pour toute forme de l’Art, et ce le plus naturellement du monde.
Tout eu pu toujours s’écouler ainsi paisible mais parfois les caprices du destin, en décident autrement.
Arriva donc le temps des amours et leurs lots de problèmes, chaque fois qu’une jeune demoiselle s’approchait de lui, une malédiction voulait que le seul mot qu’elle put sortir de sa bouche, fût et cela toujours, encore et encore, Mon dieu !
Pensant très vite qu’il inspirait alors l’horreur, le sortilège l’aidait malheureusement à le croire, le jeune homme se fît de plus en plus rare au village, et se contentait de la compagnie des bêtes, bien moins apte et prompte à juger, sa mauvaise mine.
Pauvre sot, devrions-nous penser, mais que serions-nous si l’on nous retirait dans l’instant, cette aptitude si précieuse à différencier le bien du mal, le beau du laid, le chaud du froid, essayer au bout de quelques secondes, l’angoisse vous prendra dans ses bras, et vous comprendrez alors mieux les tourments mal perçus et mal vécus par le jeune, ainsi isolé et éloigné de toute mesure de compréhension.
Et alors donc un jour où une effrontée crut bon de rompre sa quiétude si fragilement retrouvée, il se retrouva donc pour l’énième fois, avec cette expression qu’il ne pouvait à présent plus entendre sans se fendre de gros sanglots, Mon dieu !
Au plus profond de son désarroi, il eut alors une phrase qui de toute éternité était destinée à avoir l’effet escompté d’une délivrance trop longtemps souhaitée, il prononça ces quelques mots : « Pourquoi moi, pourquoi, qu’ai-je donc fait et à qui ai-je pu déplaire autant pour que pareille malédiction me poursuive ainsi ? ».
Lui, apparu alors, instantanément une bonne fée, qui lui apprit être sa marraine, et qui entreprit de lui expliquer la totalité de ses origines, de lui montrer qui, il était et le chemin qu’il devrait encore endurer pour gagner le droit à une vie d’homme honorable.
Il l’écouta donc religieusement et fût entretenu de tout ce que nous savons déjà, mais encore du fait que soulagé du premier piège de l’entrelacement des sortilèges, il serait à présent soumis aux caprices d’une autre malédiction. Le tout nous allant là, être révélé sans plus de mystère !
Une question, lui jaillit alors : « Pourquoi ? »
Sa marraine, lui en fit détail, par le menu :
La fée : « Lorsque ton père le Comte épousa ta mère, il ne se doutait pas qu’il avait alors déplu au plus au point à une puissante sorcière qui voyait leur union d’un mauvais œil, et qui jeta un sort à l’encontre de leur fils premier-né ».
Peau d’Ange : « Ainsi, je suis né de l’amour ? »
LF : « Oui, et d’un fort bel amour, même, la tendresse de tes parents rayonnait dans tout le comté »
PA : « Je suis donc le premier-né ? »
LF : « Le premier, oui et aussi le seul, tes parents essayèrent tout pour que tu échappes à l’ensorcellement mais ils déplurent encore plus, et la mauvaise magie s’étendait chaque jour davantage.
Cherchant à te protéger, ils te confièrent à l’un de leur ami d’enfance, Edouan, paisible et sage bûcheron de son état »
PA : « Fut-il bon avec moi ? »
LF : « Il te traita comme son fils, comme sa chair, mais pour ta maman, le sacrifice fut bien trop lourd pour son cœur fragile, et elle en mourut, laissant un époux aux combles du chagrin »
PA : « Mon père a dû me haïr, d’être ainsi responsable de pareille souffrance ? »
LF : « Non, point, tu étais ce qu’il lui restait de plus cher à son cœur, né de sa douce et tendre moitié, et il prenait souvent le plus discrètement possible de tes nouvelles. Là, où tout se compliqua, c’est quand il conçut que pour le comté, son doux hameau, il ne pouvait rester veuf, et sans héritier, un héritier officiel et reconnu de tous, et non frappé du seau du mauvais sort. »
PA : « Il s’est donc remarié ? »
LF : « Oui, mais sans amour, il fut bon pour elle mais d’amour, on ne put dire qu’il en fût réellement question. Ce dont la jeune épousée ne tarda pas à prendre ombrage, exigeant que l’on enlève à sa vue ou à son passage, tous les tableaux peints en hommage de la grande beauté de sa première femme. Belle, bonne, parfaite, toujours aimée, désirée, sans fut trop pour la nouvelle venue, et elle commença à intriguer jusqu’à apprendre ton existence et combien tu étais précieux au cœur de ton père. Elle décida ainsi très vite de ta mort, consciente de ce que ta présente aurait pu causer grand tort à ses mauvais dessins, à ses ambitions au travers d’un nouveau-né, mais secondement né. »
PA, toujours en profonde et attentive écoute, le cœur aux bords des larmes, conscient d’une destinée fâcheuse, lâcha un peu haut : «Et, comment s’y prit-elle ? Comment, sans que mon père ne put l’en empêcher ? »
LF : « Oh, ses charmes sulfureux lui permirent se s’attacher quelques malandrins, quelques faibles ou fâcheux, et de tout oser, même ta mise à mort. Ton père, parti quelques jours à la chasse avec quelques invités, n’en su rien jusqu’à son retour, mais alors tard, bien trop tard, pour encore y changer quelque chose, tout du moins en apparence. »
PA : « Comment un homme bon put-il se laisser abuser de la sorte par simple femme ? »
LF : « Oh, elle reçut bien sûr le concours de ta plus grande ennemie, la sorcière Kakophonia, en personne, qui par des filtres puissants canalisa sa méfiance et l’endormit. »
PA : « Tout cela n’aura-t’il donc jamais de fin ? »
LF : « Oh, mais que si, ses envoûtements sont diaboliques et puissants mais, ce qui a été dit, l’a été, seule la solution et son chemin te sont inconnus mais tu as le pouvoir de briser la magie noire, sache qu’à toute sorcellerie en existe son enchantement, son contraire, sa solution, seul y arriver est nébuleux ! »
PA : « Qu’arriva-t’il alors ? »
LF : « Un arbalétrier fut désigné pour vous tuer, toi et ton père adoptif, le bûcheron. Mais, il avait meilleur cœur qu’escompté, sa cruauté était surfaite, il tua bien ton second père mais ne put se résoudre à t’ôter la vie, de quelque façon que cela fût, et tu fus ainsi soumis au bon vouloir de la « Forêt », à qui je pus apporter mon aide bienveillante mais rien de plus, puisque moi aussi soumise à cette infortune. »
PA : « Qui m’a donc élevé, nourri, protégé, lorsque j étais enfant, et pourquoi n’en ai-je plus aucun souvenir ? »
LF : « Je t’ai élevé jusqu’à tes 13 ans, t’en ai enlevé tout souvenir, non par envie mais obligation, et c’est bien fière que je t’ai vu te débrouiller seul jusqu’à aujourd’hui, et tu ne peux savoir combien ton humanité, tes dons et ta bonté m’a comblé d’aise. Et comment ta beauté s’en est trouvée plus follement épanouie, ta beauté intérieure rejaillissant de toute part sur ton image extérieure. »
PA : « Là, belle marraine, ne vous moquez pas ainsi de moi, beau, moi, non cela est impossible, ma laideur fait fuir à présent même ceux qui m’honoraient autrefois de leur présence. »
LF : « Cher enfant, chère cœur, non seulement tu n’es pas laid mais tu es même fort bien fait de ta personne, n’ayons aucune crainte, à l’affirmer, tu es beau ! »
PA : « Beau, mais qu’est-ce la beauté ? Je n’en perçois pas la totalité du sens ? Pas plus que du laid, est-là encore coup du sort ?»
LF : « La beauté est un concept très vaste et très variable d’un individu à l’autre, parfois ce qui plait aux uns, déplait aux autres, et parfois la beauté est intérieure ou parfois encore certain abuse de leur beauté pour obtenir des faveurs, la notion est vaste, étendue, et nous avons si peu de temps, vient donc là, cher petit, un miroir t’aidera peut-être à apercevoir que tu n’as nulle laideur sur le visage et le corps, pas plus qu’en ton for intérieur. »
Sous l’impulsion d’une formule magique, apparu alors un miroir, de plein pied constitué, fort impressionnant et ne permettant plus à aucune partie de l’homme d’échapper à sa vision.
Peau D’ange put alors constater que le reflet parfois entraperçu au fil de l’eau, n’était en rien repoussant, rien de diffament, rien de blessant pour l’œil des autres, il se mit alors à penser aux villageois, hommes, femmes et enfants, dont il était à la fois l’un des semblables, et pourtant différent mais dame Nature semblait avoir été bonne.
Et, comme en quelques secondes, il eut voulu se remplir de lui-même, il se détailla de partout.
Mais que vit-il ? Il vit son sourire, complice de sa découverte, l’harmonie et la douceur de ses courbes, il se permit même de se dénuder à demi, il avait tant d’années de sa propre vision à rattraper, et s’excusant de ce péché, de l’orgueil embarrassé qui lui montait aux joues, il se regarda, comme si cela devait être la dernière fois.
Il aperçut ainsi des cheveux fous en bataille, des mèches généreuses d’un blond doré comme les champs de blés de l’autre côté des collines, des yeux pareils au plus pur des azurs et rieurs, de longs cils presque féminins, les courbes et contours d’un visage harmonieux, un nez juste bien proportionné, des lèvres à demi-pulpeuses, mères de toutes les tentations, une nuque délicate et une peau un peu crémeuse et dont le laiteux laissait apparaître quelques rainures, sa poitrine était de belle mise, elle aussi, ses bras solides et non dépourvus de finesse, son ventre semblait une invite aux caresses, et sa pilosité judicieusement clairsemée ne faisait que confirmer ses charmes du plus bel effet. Toutefois des calligraphies dont le sens lui échappait semblaient s’être ancrées dans sa chair, à différents endroits, et dont seule celle situé dans son dos avait un sens pour lui, l’inscription mentionnait « artiste », pour les autres « gravures » situées à l’avant bras droit, sur le poitrail gauche ou bien encore celle attenante à son bras gauche rehaussé d’une croix, la totalité de leur signification lui échappait.
Il se retourna bien vers sa bienfaitrice mais elle ne put lui confirmer que c’était là la résultante du chaos et de la cacophonie des incantations lors de sa naissance, si bien qu’il n’en sut pas plus, et dû de fait s’en contenter. Lorsque enfin rassasié, et bien confus de l’intensité de cette découverte, il se confondit en excuse auprès de sa protectrice, qui riait à belles dents de tant d’innocence et d’affolement mélangés, son filleul étant un être exquis, raffiné malgré sa vie dure et dépourvue de tout confort auquel sa naissance lui donnait naturellement droit.
En un doux pays de fantaisie, vivait là au milieu des bois, un charmant jeune homme.
Sa cabane située près de la rivière, fleurait bon un certain art de vivre, il n’était pas rare qu’une douce mélodie s’en échappe accompagnée de la plus tentatrice et fiévreuse voix qu’entendissent jamais ces verdures, ces eaux pures et tous ces animaux aux entournures.
Les quelques villageois et chasseurs qui venaient à passer, avait pour habitude d’ainsi l’appeler Peau d’Ange, ce sobriquet résumait selon eux, sa fort belle mise mais par un caprice des plus mal venus, de cette beauté dont tout le monde convenait, ne lui amenait aucun plaisir.
De fait, son quotidien, des plus simples consistait à aider ceux qui le lui demandaient et à protéger les animaux qui volontiers trouvaient doux abris en son simple logis. Et la vie s’écoulait ainsi paisible, jusqu’au jour où sa beauté ayant fait chemin jusqu’à pucelles et donzelles fort intéressées, il se trouva au devant de problèmes dont il ne soupçonnait en rien ni les origines, ni les tenants et les aboutissants. Problèmes dont il resterait ainsi prisonnier jusqu’à prononciation de mots magiques dont à ce jour encore, il ne savait qu’ils le délivreraient momentanément de son supplice.
Mais, je m’en dois de vous en conter les détails par le menu pour plus de compréhension.
Peau d’Ange, le si bien nommé, ignorait de fait ce que beau ou laid voulait dire, pour lui les choses étaient ce qu’elles étaient, du bien et du mal, il était dépourvu de toute notion. Ainsi, en avait décidé les fées lorsque sur son berceau, elles s’étaient penchées. De sortilèges, en contre sortilèges, de maléfices en dons multiples, les sorcières et magiciennes s’étaient battues alors que le pauvret était à peine né.
Ses parents, Comte et Comtesse de fort belle envergure et bien nanti s’en était trouvé si désarmé, que craignant que les choses n’empirent encore au fil des querelles et des années, ils prirent décision de se séparer de leur enfant chéri et de le confier à un vieux bûcheron, mort depuis longtemps maintenant.
Et comme malgré légende mal venue, tout n’est pas toujours rose dans les contes, sa mère bien aimante, désespérée de l’abandon, en mourût de chagrin, et lorsque l’on reparla de mariage, la nouvelle épousée pris moult précautions afin que rien du passé ne vienne assombrir son avenir. On entendit même certains dire que la belle dame au cœur dur, avait joliment veillé à la triste fin du bûcheron et avait mandé la noyade du petiot, mais l’arbalétrier chargé de la répugnante mission, ne pu s’y résoudre et confia l’enfant à la forêt, et au hasard.
Ainsi même qu’au fil de la rivière, il s’en allait promenant, son reflet ne lui permettait pas de se faire une opinion précise sur ses attributs. Ils sentaient bien que l’on murmurait sur son passage mais n’en prenait nul ombrage, et n’en demandait aucun compte. Il était heureux de son sort, la simplicité lui allait comme un gant et sa complicité avec les animaux contribuait pour ample partie à sa joie de vivre.
Il avait donc voix d’or mais encore des doigts de fées et réalisait de ses mains, de forts beaux objets, en fait, il était doué pour toute forme de l’Art, et ce le plus naturellement du monde.
Tout eu pu toujours s’écouler ainsi paisible mais parfois les caprices du destin, en décident autrement.
Arriva donc le temps des amours et leurs lots de problèmes, chaque fois qu’une jeune demoiselle s’approchait de lui, une malédiction voulait que le seul mot qu’elle put sortir de sa bouche, fût et cela toujours, encore et encore, Mon dieu !
Pensant très vite qu’il inspirait alors l’horreur, le sortilège l’aidait malheureusement à le croire, le jeune homme se fît de plus en plus rare au village, et se contentait de la compagnie des bêtes, bien moins apte et prompte à juger, sa mauvaise mine.
Pauvre sot, devrions-nous penser, mais que serions-nous si l’on nous retirait dans l’instant, cette aptitude si précieuse à différencier le bien du mal, le beau du laid, le chaud du froid, essayer au bout de quelques secondes, l’angoisse vous prendra dans ses bras, et vous comprendrez alors mieux les tourments mal perçus et mal vécus par le jeune, ainsi isolé et éloigné de toute mesure de compréhension.
Et alors donc un jour où une effrontée crut bon de rompre sa quiétude si fragilement retrouvée, il se retrouva donc pour l’énième fois, avec cette expression qu’il ne pouvait à présent plus entendre sans se fendre de gros sanglots, Mon dieu !
Au plus profond de son désarroi, il eut alors une phrase qui de toute éternité était destinée à avoir l’effet escompté d’une délivrance trop longtemps souhaitée, il prononça ces quelques mots : « Pourquoi moi, pourquoi, qu’ai-je donc fait et à qui ai-je pu déplaire autant pour que pareille malédiction me poursuive ainsi ? ».
Lui, apparu alors, instantanément une bonne fée, qui lui apprit être sa marraine, et qui entreprit de lui expliquer la totalité de ses origines, de lui montrer qui, il était et le chemin qu’il devrait encore endurer pour gagner le droit à une vie d’homme honorable.
Il l’écouta donc religieusement et fût entretenu de tout ce que nous savons déjà, mais encore du fait que soulagé du premier piège de l’entrelacement des sortilèges, il serait à présent soumis aux caprices d’une autre malédiction. Le tout nous allant là, être révélé sans plus de mystère !
Une question, lui jaillit alors : « Pourquoi ? »
Sa marraine, lui en fit détail, par le menu :
La fée : « Lorsque ton père le Comte épousa ta mère, il ne se doutait pas qu’il avait alors déplu au plus au point à une puissante sorcière qui voyait leur union d’un mauvais œil, et qui jeta un sort à l’encontre de leur fils premier-né ».
Peau d’Ange : « Ainsi, je suis né de l’amour ? »
LF : « Oui, et d’un fort bel amour, même, la tendresse de tes parents rayonnait dans tout le comté »
PA : « Je suis donc le premier-né ? »
LF : « Le premier, oui et aussi le seul, tes parents essayèrent tout pour que tu échappes à l’ensorcellement mais ils déplurent encore plus, et la mauvaise magie s’étendait chaque jour davantage.
Cherchant à te protéger, ils te confièrent à l’un de leur ami d’enfance, Edouan, paisible et sage bûcheron de son état »
PA : « Fut-il bon avec moi ? »
LF : « Il te traita comme son fils, comme sa chair, mais pour ta maman, le sacrifice fut bien trop lourd pour son cœur fragile, et elle en mourut, laissant un époux aux combles du chagrin »
PA : « Mon père a dû me haïr, d’être ainsi responsable de pareille souffrance ? »
LF : « Non, point, tu étais ce qu’il lui restait de plus cher à son cœur, né de sa douce et tendre moitié, et il prenait souvent le plus discrètement possible de tes nouvelles. Là, où tout se compliqua, c’est quand il conçut que pour le comté, son doux hameau, il ne pouvait rester veuf, et sans héritier, un héritier officiel et reconnu de tous, et non frappé du seau du mauvais sort. »
PA : « Il s’est donc remarié ? »
LF : « Oui, mais sans amour, il fut bon pour elle mais d’amour, on ne put dire qu’il en fût réellement question. Ce dont la jeune épousée ne tarda pas à prendre ombrage, exigeant que l’on enlève à sa vue ou à son passage, tous les tableaux peints en hommage de la grande beauté de sa première femme. Belle, bonne, parfaite, toujours aimée, désirée, sans fut trop pour la nouvelle venue, et elle commença à intriguer jusqu’à apprendre ton existence et combien tu étais précieux au cœur de ton père. Elle décida ainsi très vite de ta mort, consciente de ce que ta présente aurait pu causer grand tort à ses mauvais dessins, à ses ambitions au travers d’un nouveau-né, mais secondement né. »
PA, toujours en profonde et attentive écoute, le cœur aux bords des larmes, conscient d’une destinée fâcheuse, lâcha un peu haut : «Et, comment s’y prit-elle ? Comment, sans que mon père ne put l’en empêcher ? »
LF : « Oh, ses charmes sulfureux lui permirent se s’attacher quelques malandrins, quelques faibles ou fâcheux, et de tout oser, même ta mise à mort. Ton père, parti quelques jours à la chasse avec quelques invités, n’en su rien jusqu’à son retour, mais alors tard, bien trop tard, pour encore y changer quelque chose, tout du moins en apparence. »
PA : « Comment un homme bon put-il se laisser abuser de la sorte par simple femme ? »
LF : « Oh, elle reçut bien sûr le concours de ta plus grande ennemie, la sorcière Kakophonia, en personne, qui par des filtres puissants canalisa sa méfiance et l’endormit. »
PA : « Tout cela n’aura-t’il donc jamais de fin ? »
LF : « Oh, mais que si, ses envoûtements sont diaboliques et puissants mais, ce qui a été dit, l’a été, seule la solution et son chemin te sont inconnus mais tu as le pouvoir de briser la magie noire, sache qu’à toute sorcellerie en existe son enchantement, son contraire, sa solution, seul y arriver est nébuleux ! »
PA : « Qu’arriva-t’il alors ? »
LF : « Un arbalétrier fut désigné pour vous tuer, toi et ton père adoptif, le bûcheron. Mais, il avait meilleur cœur qu’escompté, sa cruauté était surfaite, il tua bien ton second père mais ne put se résoudre à t’ôter la vie, de quelque façon que cela fût, et tu fus ainsi soumis au bon vouloir de la « Forêt », à qui je pus apporter mon aide bienveillante mais rien de plus, puisque moi aussi soumise à cette infortune. »
PA : « Qui m’a donc élevé, nourri, protégé, lorsque j étais enfant, et pourquoi n’en ai-je plus aucun souvenir ? »
LF : « Je t’ai élevé jusqu’à tes 13 ans, t’en ai enlevé tout souvenir, non par envie mais obligation, et c’est bien fière que je t’ai vu te débrouiller seul jusqu’à aujourd’hui, et tu ne peux savoir combien ton humanité, tes dons et ta bonté m’a comblé d’aise. Et comment ta beauté s’en est trouvée plus follement épanouie, ta beauté intérieure rejaillissant de toute part sur ton image extérieure. »
PA : « Là, belle marraine, ne vous moquez pas ainsi de moi, beau, moi, non cela est impossible, ma laideur fait fuir à présent même ceux qui m’honoraient autrefois de leur présence. »
LF : « Cher enfant, chère cœur, non seulement tu n’es pas laid mais tu es même fort bien fait de ta personne, n’ayons aucune crainte, à l’affirmer, tu es beau ! »
PA : « Beau, mais qu’est-ce la beauté ? Je n’en perçois pas la totalité du sens ? Pas plus que du laid, est-là encore coup du sort ?»
LF : « La beauté est un concept très vaste et très variable d’un individu à l’autre, parfois ce qui plait aux uns, déplait aux autres, et parfois la beauté est intérieure ou parfois encore certain abuse de leur beauté pour obtenir des faveurs, la notion est vaste, étendue, et nous avons si peu de temps, vient donc là, cher petit, un miroir t’aidera peut-être à apercevoir que tu n’as nulle laideur sur le visage et le corps, pas plus qu’en ton for intérieur. »
Sous l’impulsion d’une formule magique, apparu alors un miroir, de plein pied constitué, fort impressionnant et ne permettant plus à aucune partie de l’homme d’échapper à sa vision.
Peau D’ange put alors constater que le reflet parfois entraperçu au fil de l’eau, n’était en rien repoussant, rien de diffament, rien de blessant pour l’œil des autres, il se mit alors à penser aux villageois, hommes, femmes et enfants, dont il était à la fois l’un des semblables, et pourtant différent mais dame Nature semblait avoir été bonne.
Et, comme en quelques secondes, il eut voulu se remplir de lui-même, il se détailla de partout.
Mais que vit-il ? Il vit son sourire, complice de sa découverte, l’harmonie et la douceur de ses courbes, il se permit même de se dénuder à demi, il avait tant d’années de sa propre vision à rattraper, et s’excusant de ce péché, de l’orgueil embarrassé qui lui montait aux joues, il se regarda, comme si cela devait être la dernière fois.
Il aperçut ainsi des cheveux fous en bataille, des mèches généreuses d’un blond doré comme les champs de blés de l’autre côté des collines, des yeux pareils au plus pur des azurs et rieurs, de longs cils presque féminins, les courbes et contours d’un visage harmonieux, un nez juste bien proportionné, des lèvres à demi-pulpeuses, mères de toutes les tentations, une nuque délicate et une peau un peu crémeuse et dont le laiteux laissait apparaître quelques rainures, sa poitrine était de belle mise, elle aussi, ses bras solides et non dépourvus de finesse, son ventre semblait une invite aux caresses, et sa pilosité judicieusement clairsemée ne faisait que confirmer ses charmes du plus bel effet. Toutefois des calligraphies dont le sens lui échappait semblaient s’être ancrées dans sa chair, à différents endroits, et dont seule celle situé dans son dos avait un sens pour lui, l’inscription mentionnait « artiste », pour les autres « gravures » situées à l’avant bras droit, sur le poitrail gauche ou bien encore celle attenante à son bras gauche rehaussé d’une croix, la totalité de leur signification lui échappait.
Il se retourna bien vers sa bienfaitrice mais elle ne put lui confirmer que c’était là la résultante du chaos et de la cacophonie des incantations lors de sa naissance, si bien qu’il n’en sut pas plus, et dû de fait s’en contenter. Lorsque enfin rassasié, et bien confus de l’intensité de cette découverte, il se confondit en excuse auprès de sa protectrice, qui riait à belles dents de tant d’innocence et d’affolement mélangés, son filleul étant un être exquis, raffiné malgré sa vie dure et dépourvue de tout confort auquel sa naissance lui donnait naturellement droit.
Fin de la 1ère partie
Caliente
Illuna

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