
"Réponse à Charlotte"
Je lis et je relis tes deux comptes rendus, chère Charlotte
Ce que j’en retiens c’est que pour une première fois, je n’ai peut-être pas vu et entendu Julien au bon endroit.
Lors de ton rendu, je retrouve ce que j’aime tant chez les gens, de la pudeur, de la retenue, ce qui vous bouleverse tout droit.
Lors de ton entrée, en ces lieux culturels, je me sens tout de suite mieux que dans ce café central, où je n’ai de fait jamais pris mes marques.
Lorsque tu as vu Julien, je sens ton émoi, ta vie qui flirte avec mille émotions et autant de frissons, tu as été tout de suite d’attaque.
Tandis que tu les regardes s’installer, prendre leur jeu de rôle, tu peux t’imprégner de leur manière de faire à chacun, deux extravertis et trois introvertis.
Cette analyse te permet déjà avant toute musicalité de baigner dans ce qu’ils te proposeront, d’en accepter autant la confusion que les interdits.
Et julien dont tu as pu apprécier la différence, qui donne tout et dont la mesure des cadeaux est d’un ordre nouveau, et ce n’en est que plus troublant.
Puis tu en viens même à t’offrir la douceur du détail de la fragmentation de son être, de sa peau, sa lumière et le trouble qu’il glisse en chaque femme, puissamment
Ton ressenti est l’exacte mesure de ce que je pensais éprouver face à cet homme et au groupe, face à un son rock décapant, mais il n’en fut rien !
Ta timidité probablement fort semblable à la mienne t’a tenu en recul après le concert, et t’a laissé en ligne de flottaison, tu es juste bien.
Avec le recul nécessaire, tu arrives même à en rire, à redevenir une espiègle sauterelle, tu te sens très femme, tu te sens belle, presque rebelle, toi l’âme réfléchie.
Et puis, j’en reviens à mon vécu, à mil lieux à la ronde de mes espérances, à bien y songer, jamais je n’aurais dû transgresser mes propres effrois.
Là pour partager, il me faut dévoiler, ma pudeur en souffrira, mais devant ta demande d’échange, je ne peux reculer, j’y plonge donc tout d’une fois.
Les gens, les odeurs, les endroits, tout me parle, je vis au feeling, et là dans ce café vide puis bondé, du début à la fin, j’ai eu froid, même très froid.
Pour en arriver là, j’ai oublié de ne pas transgresser mes propres limites, j’ai bravé mon horreur des débits de boissons populaires, j’ai oublié cette odeur de bière qui brisait encore mon cœur suite à la mort d’un être cher, j’ai oublié que la cigarette me tue à chaque respiration un peu plus, j’ai oublié que mes tempes ne peuvent soutenir certains bruits sans en souffrir atrocement, le prix à payer pour être en vie après un accident vasculaire cérébral sévère, tiens c’est depuis longtemps la première fois que j’évite de l’appeler AVC, mais que tout fut gris.
Quand Julien est apparu, j’avais déjà depuis bien longtemps atteint le seuil de l’épuisement mais certaine de reprendre vie et vigueur, à son contact, et là commença mon ennui.
Je me fermai à tout ce qui n’était pas lui, je voulais arriver à capter sa chaleur, sa profondeur, son amour de la musique, mais rien d’autre ne vint qu’une absence, un grand vide.
La faute à qui, la faute à quoi, je n’arrive pas à me dire que je suis seule responsable de l’absence de sensation, j’en viens à lui en vouloir, ce sera pour moi un vrai bide.
Au moins ce soir-là, je suis arrivée à le cacher, pas le droit d’ennuyer les « crazys »et les taupes avec mon psychodrame à deux balles.
Dans chaque phrase, chaque mot dit après ce concert, j’ai arrondi et j’ai menti, pas le droit de livrer mon désarroi, mais maman, elle avait bien compris, pas besoin que je déballe.
Le problème, c’est que si on peut tricher afin de ne pas blesser à l’oral, afin de permettre aux autres de vivre pleinement leur bonheur, il en est tout autre à l’écrit.
Quand on écrit, on livre son moi intime, on partage, et là la vérité est apparue, brutale, repoussante, blessante, j’ai pas pris mon pied, alors tanpis !
Ce dont je suis certaine c’est que l’artiste mérite amplement une deuxième chance, à moi de mieux choisir l’endroit, d’arriver à lui, sans avoir brimé mes propres aspirations, en total respect de qui je suis, l’envie de goûter à son art, m’a fait oublier que si tu ne te respectes pas toi-même, tu ne peux pas aller à la découverte d’un autre, ici en l’occurrence de lui, maître de DUE.
J’en viens à me dire que nous n’avons peut-être pas non plus rencontré le même homme, le même artiste, lui aussi a droit à ses bons et mauvais jours.
Pardon, d’avoir oublié que pour partager ou recevoir, il faut encore être ouvert à la vie, ce soir-là, j’étais juste morte de fatigue !
La vie est une guerrière farouche, mais son sang et sa fougue ne couchent pas toujours dans le bon lit, amante infidèle, elle charrie souvent des ondes impures.
Merci Charlotte de m’avoir tendu la main, je vais un peu mieux, et quand j’arrêterai de m’en vouloir à moi-même d’avoir loupé pareil rendez-vous, j’aurai sur le forum bien plus fière et meilleure allure !
Caliente
Illuna

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