samedi 6 octobre 2007

A l'ami, parti bien trop tôt ...


L'ami Claude

Comment dire adieu à celui qui nous quitte bien trop tôt, et même si la maladie t’avait déjà bien émoussé ces deux ou trois dernières années, parfois nous goûtions encore avec plaisir à la malice de ton caractère ?

Comment dire que déjà tu nous manques, que tes sauces et potages délicieux seront regrettés au plus haut point, que ton aide souvent spontanée fera cruellement défaut ?

Comment ne pas penser à toi sur ton vélo perché lorsque nous croiserons quelques promeneurs le long de la digue, que ta présence hantera sûrement une partie de nos vacances, que dire de nos bons dîners annuels et de nos repas d’anniversaires ?

Comment ne pas songer à toi s’en allant dans la nuit à la recherche d’une pharmacie de garde, pour moi une énième fois malade, ou m’apportant un siège plus confortable ?

Comment entendre Virgule aboyer de sa gutturale voix sans songer à la prédominance qu’il aimait bien établir sur toi, toi qui tentais vainement de lui faire comprendre que tu l’aimais bien en définitive ?

Comment me pardonner mon absence pour ton dernier voyage, ayant immédiatement pris congé, je n’imaginais pas que le fragile Virgule aurait besoin de l’un de nous pour veiller sur lui, comment te redire que plus que jamais je serai présente par la pensée en cette après-midi ?

Comment te dire que je t’en veux terriblement d’avoir choisi de te détruire ainsi, comment sans paraître dure, te dire que la santé est un bien si précieux et qui me fuit bien trop souvent, pour admettre et accepter que tu aies ainsi gâché le potentiel que la vie t’offrait ?

Comment bien te faire comprendre que de vous avoir croisés tous les deux à un arrêt de tram, et où tu ne m’as même pas vu, même pas reconnu, comment te traduire la douleur d’alors, et comment oublier l’horrible interrogation de Marie-Thérèse face à ton manque de réaction ?

Comment te dire, qu’avant votre départ à la mer, sans doute marquée par notre « douloureuse » rencontre, j’ai été envahie te concernant d’ondes négatives, que je n’ai pu m’empêcher de communiquer à Marie-Thérèse, en espérant de tout cœur que mon stupide instinct se trompait ?

Comment accepter que tu nous quittes, à peine plus âgé que mon papa, à qui j’ai passé un des plus sévère savon quant au méfait de certains alcools, et comment te dire que je suis si heureuse de le voir enfin raisonnable, et heureux de l’être ?

Comment ne pas espérer que là-haut, pour toi un peu frileux, ils ne dorment pas avec les fenêtres ouvertes, et qu’ils aient à te proposer un moelleux édredon à l’aide duquel tu pourras dormir des plus confortablement ?

Comment ne pas replonger dans les nombreuses discussions politiques dont toi et Marie-Thérèse avaient le secret, sans songer à la célèbre phrase « Le droit de parole, Marie-Thérèse » ?

Comment ne pas vous revoir tous les deux, souriants à la vie et mutins, enlacés sur une série de photos que Dominique avait faites, de vous, des enfants et de mes parents ?

Comment t’expliquer que depuis quelques jours, j’essaye de me souvenir, quel est le dernier jour où je t’ai vu avant ton départ à la mer ? De fait, lorsque l’on croise un ami, on ne se dit jamais à ce moment-là, que ce pourrait être la dernière fois.

Et, surtout, comment être bien certaine que ta douce moitié, après le temps des épreuves, prendra enfin du temps pour elle ? Tout ce que je peux te promettre, c’est d’y bien veiller, aidée en cela des parents.

Et si, je répète bien trop souvent, comment, c’est simplement parce que je n’ai pas encore de réponse à toutes mes interrogations.

Avec toute ma tendresse.

Caliente
Illuna

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